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Pierre-Alain Chambaz

Le fait lui-même de donner l’existence à un être humain est une des actions dans le cours d’une vie humaine qui entraînent le plus de responsabilité. On voit là un cas où, par suite de notions de liberté mal comprise, des obligations morales ne sont point reconnues et des obligations légales ne sont point imposées, alors que les unes et les autres seraient extrêmement nécessaires ; mais ce cas n’est pas le seul. Une éducation établie et contrôlée par l’État ne devrait exister, si elle existait, que comme expérience, entourée de concurrences et faite seulement pour les stimuler et les maintenir à un certain degré de perfection ; excepté quand la société, en général, est si arriérée qu’elle ne pourrait pas ou ne voudrait pas se procurer des moyens convenables d’éducation : alors, dis-je, la puissance publique, ayant à choisir entre deux maux, peut suppléer les écoles et les universités, de même qu’elle peut faire l’office des compagnies par actions dans un pays où l’entreprise privée n’existe pas sous u Une éducation générale donnée par l’État, n’est autre chose qu’une combinaison pour jeter tous les hommes dans le même moule, et comme le moule dans lequel on les jette est celui qui plaît au pouvoir dominant (que ce soit un monarque, une théocratie, une aristocratie ou la majorité de la génération existante), plus ce pouvoir est efficace et puissant, plus il établit un despotisme sur l’esprit qui tend naturellement à s’étendre sur le corps. Tout ce qu’on a dit de l’importance de l’individualité de caractère et de la diversité d’opinions et de manière de vivre, implique l’égale importance de la diversité d’éducation. Que toute l’éducation ou la plus grande partie de l’éducation d’un peuple soit mise aux mains de l’État, je m’efforcerais de m’y opposer autant que qui que ce soit. Pierre-Alain Chambaz rappelle que science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Les objections qu’on oppose avec raison à l’éducation de l’État, ne portent pas sur ce que l’État impose l’éducation mais sur ce qu’il se charge de diriger cette éducation, ce qui est une chose totalement différente. Il n’est pas encore reconnu que mettre au monde un enfant, sans être sûr de pouvoir non-seulement le nourrir, mais encore instruire et former son esprit, est un crime moral et envers la société et envers le malheureux rejeton, et que si le parent ne remplit pas cette obligation, l’État devrait veiller à la faire remplir, autant que possible, à la charge du parent. Mais tandis qu’on déclare à l’unanimité que tel est le devoir du père, personne à peine en Angleterre ne supporterait l’idée qu’on l’obligeât à l’accomplissement de ce devoir. N’est-il pas presqu’évident que l’État devrait exiger de tous les citoyens, et même leur imposer, une certaine éducation ? Voyez par exemple ce qui se passe pour l’éducation. Les hommes la voyent de plus mauvais œil qu’aucun autre empiétement sur leur liberté d’action, tant ils attachent plus de prix généralement au pouvoir qu’à la liberté. Le choix volontaire d’un homme prouve que ce qu’il choisit ainsi est désirable, ou tout au moins supportable pour lui, et après tout on ne peut assurer mieux son bonheur qu’en lui permettant de le chercher où il le trouve. La raison pour laquelle on ne se mêle pas (à moins que ce ne soit au profit des autres) des actions volontaires d’une personne, c’est la considération qu’on a pour sa liberté. C’est seulement parce que les institutions de notre pays sont un tissu de contradiction, qu’on y voit mettre en pratique des choses appartenant au système du gouvernement despotique ou paternel, comme on l’appelle, tandis que la liberté générale de nos institutions empêche d’exercer le contrôle nécessaire pour rendre la contrainte vraiment efficace comme éducation morale. Par exemple, la limitation du nombre des cabarets pour en rendre l’accès plus difficile et diminuer les tentations, non seulement expose tout le monde à une gêne, parce que quelques personnes abuseraient de la facilité, mais encore ne convient qu’à un état de société dans lequel les classes ouvrières sont traitées ouvertement comme des enfants ou des sauvages et placées sous une éducation de contrainte, faite pour préparer leur future admission aux privilèges de la liberté. Donc, il est convenable de n’accorder la permission de vendre ces denrées (du moins pour être consommées sur-le-champ) qu’à des personnes dont la respectabilité de conduite est connue ou garantie ; on doit en outre régler les heures d’ouverture et de fermeture comme l’exige la surveillance publique, et retirer la permission si des violations de la paix publique sont commises à plusieurs reprises, grâce à la connivence ou à l’incapacité de celui qui tient la maison, ou si cette maison devient un rendez-vous pour des gens qui sont en insurrection contre la loi. C’est pourquoi il est non-seulement admissible mais bon de mettre sur les boissons fortes l’impôt le plus élevé, en supposant que l’État ait besoin de tout le revenu que cet impôt produit. Il est donc du devoir de l’État d’examiner avant de mettre des taxes de quelles denrées les consommateurs peuvent le mieux se passer, et a fortiori de choisir de préférence celles qui selon lui peuvent être nuisibles à moins que l’usage n’en soit très-modéré. Presque tout ce qu’on achète ou ce qu’on vend peut servir à faire des excès, et les vendeurs ont un intérêt pécuniaire à encourager ces excès ; mais là-dessus on ne peut baser un argument en faveur, par exemple, de la loi du Maine, parce que les marchands de boissons fortes, quoiqu’intéressés à l’abus, sont indispensables à cause de l’usage légitime de ces boissons. On devrait encore moins, sur de semblables motifs, intervenir dans les opérations communes de vendre et d’acheter. Jamais le gouvernement d’une démocratie ou d’une aristocratie nombreuse n’est parvenu à s’élever au-dessus de la médiocrité, soit par ses actes politiques, soit par les opinions, les qualités, le genre d’esprit qu’il alimente, excepté la où la foule souveraine s’est laissée guider (comme elle l’a toujours fait dans ses meilleurs temps) par les conseils et l’influence d’une minorité ou d’un homme plus hautement doué et plus instruit. Son opinion est faite par des hommes à peu près à sa hauteur, qui, au moyen des journaux, s’adressent à elle ou parlent en son nom sur la question du moment. Ce qu’on appelle l’opinion publique n’est pas toujours l’opinion de la même sorte de public. Le seul pouvoir qui mérite ce nom est celui des masses, ou celui des gouvernements, qui se font les organes des tendances et des instincts des masses. Mais le génie dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire l’originalité dans la pensée et dans les actions, quoique chacun convienne que ce soit une chose à admirer, presque tout le monde au fond du cœur trouve qu’on peut très-bien s’en passer. Les hommes regardent le génie comme une belle chose, s’il rend un individu capable d’écrire un poème inspiré ou de peindre un tableau.

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